Mon séjour en terre américaine étant terminé, cette note présente une certaine singularité dans la mesure où elle annonce le commencement d'une nouvelle ère: les aventures de Tic & de sa marmotte à travers le monde. Pour cette première, nous avons été chaleureusement épaulés par les belles-taties. Il faut dire, le terrain était particulièrement hostile, et sans elles, l'aventure aurait été pour le moins très délicate! J'annonce de façon pèle-mêle: terrain désertique, vautours planants et menaçants, belle-sœur crapahutante et pour couronner le tout, terre hispanique. Oui, mon anglais maîtrisé n'a pas sa place dans ces contrées retranchées. Et je ne leur serais jamais assez reconnaissant de nous avoir sauvés d'une faim certaine.

Las cuevas à Valtierra, demandez Ruben & Anabel

La frontière basque est bel et bien franchie, et nous voilà perdus à une centaine de kilomètres au sud de Pampelune, dans un petit village nommé Valtierra. Le village en lui même n'a que peu d'intérêt, en plus, partout on y parle espagnole c'est pour dire, si ce n'est l'aspect insolite de notre gîte: une maison troglodyte. On y vit comme à l'âge de l'homme de Cro-Magnon en toute simplicité avec téléviseur couleur, cuisine équipée, eau courante. Il vous serait je pense très difficile d'y survivre. Outre ce confort d'un autre temps, l'objet de notre visite sont les bardenas. Les bardenas ont été déclarées réserve de la biosphère il y a dix années de cela, et se voient devenir petit à petit parc naturel comme on l'entend lorsqu'on visite l'un des nombreux sites des Etats-Unis. Cependant, toujours aux balbutiements, les brochures paraissent quelque peu confuses au même titre que les panneaux de sentier. Mais le centre d'information semble être la copie d'une des nombreuses représentations américaines: à s'y méprendre. Visiblement ce parc n'est que peu connu et le tourisme reste une activité récente. Les bergers ainsi que les agriculteurs locaux devront cohabiter avec un tourisme de masse qui se veut imminent...

"Pourquoi Dieu met-il donc le meilleur de la vie tout au commencement?"
Victor Hugo

Ermite de Nuestra Senora del Yugo (Sud, sud-ouest de las bardenas blancas)
Mais que sont les bardenas? Et surtout qu'est-ce qu'elles ont de si fascinant à nous faire partager? Les bardenas sont une région tout au sud de la Navarre et à la frontière de l'Aragon. C'est une région désertique qui bénéficie d'un relief particulier et de sculptures naturelles tout à fait exceptionnelles. Ma première vision depuis l'une des collines au sud des bardenas a été simple mais pourtant révélatrice: j'ai pensé à une petite death valley. Indéniablement mon séjour américain est toujours présent. Mais loin d'exhiber les dures dénivelés de la vallée de la mort, ici les plateaux culminent seulement à près de 500m d'altitude, elle présente ci-et-là de petits massifs de grès, de gypse qui décorent et poinçonnent une vallée peu profonde. Dame Nature n'aura pas été aussi spectaculaire en matière de relief, la plaque ibérique n'a pas la mouvance des failles de la Sierra Nevada, mais le spectacle reste au rendez-vous.

Cabezo de Castildetierra en plein coeur de las bardenas blancas

Cependant cette vallée s'illustre par ces nombreuses sculptures de grès, et en fouillant davantage vous noterez également une étrange diversité:
- Las bardenas blancas: zones correspondantes à la vallée, blanches dues à l'abondance de gypse dans le sol. Zones de dépression où subsistent d'étranges sculptures. Là encore l'histoire géologique est sympathique: une époque tertiaire sous l'eau suivi d'un long processus de sédimentation puis d'écoulement pour creuser cette vallée pendant le miocène. L'érosion y est spectaculaire avec les illustres barrancos, ravins de plusieurs mètres creusés par l'eau.
- Las bardenas negras: au sud-est près de l'Aragon qui se résument en un plateau couvert de pinèdes et d'étroites vallées enclavées.
- El plano: à l'ouest de la vallée est un plateau cultivée à une centaine de mètre au dessus de la vallée.

Notre visite aura été également égayée par les festivités religieuses liées à la période de Pâques. Pour ma part, et c'est une première, les célèbres oeufs de Pâques auront été remplacés par des tapas aux légumes. Oui, il faut savoir que la région particulièrement désertique est riche en verdure. Vous l'aurez compris, seule la vallée est désertique, le reste est particulièrement cultivé, et ceci même à l'orée de la vallée. Les cérémonies religieuses ont certainement perdu de leur côté solennel et sont je pense devenues pour la plupart une fête familiale et sociale. Visiblement, on ne s'en est pas pour autant préoccupé et les tapas n'ont fait que fleurir. Viva Espana! Les espagnoles ont gardé la joie de vivre, de partager. Es estupendo!

Maison de l'horloge et scène du dépouillement del Volatin. Vulgaire pantin avec un pétard dans la bouche maltraité au bout d'un bâton. La scène ne durera qu'une petite minute (Tudela, le Samedi à 10h). Elle symbolise la mort de Judas Iscariote.

Le lendemain et après le vol du volatin, une étrange ballade nous attendait. Aux abords du Rallon, l'une des buttes culminant la vallée, nous avons dû faire face à un chemin des plus périlleux. Le sentier était devenu tout bonnement surréaliste et avait des tournures sorties tout droit d'un conte de Carroll ou de Perrault. L'invraisemblance avait main mise sur le sentier, celui-ci en avait perdu toute mesure de gravité. Au grand dame des marcheurs de ce jour, le chemin arpentait les collines de grès et le malicieux le possédait. Bravant Dame Nature et prenant notre courage à deux mains, nous entreprîmes son ascension sans une certaine appréhension. Dès les premières marches, les choses se compliquèrent. La terre meuble et sujette à l'érosion dissimulait de façon inquiétante les marches en pierre que l'homme avait installé. L'homme avait perdu tout contrôle sur la Nature. Le ravin dangereusement nous léchait les bottines et la colline railleuse se délectait de nous voir trépasser. Alors que l'ascension s'intensifiait, aux détours d'une énième sinuosité, les marches perdirent subitement toute régularité et défièrent même l'apesanteur. Cela en était trop! Cette vision finit de ternir nos derniers espoirs. La colline et ses maudites marches parurent alors insurmontables et particulièrement menaçantes.



"Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter" Sagesse chinoise
Cependant, et malgré les jambes vacillantes, Ofélia prit les devant et adapta à la situation une technique de montagne que seul une poignée d'alpinistes aguerris ont pour connaissance. L'origine même de cette technique ainsi que de ses mouvements précis est mal connu. Nombreuses hypothèses sur les origines de cette méthode devenue doctrine ou art de vivre ont été énumérées. Connue de certains alpinistes donc, elle semble puiser ses origines dans l'essence même des fondements du Bouddhisme. Cependant en manque certain de sagesse, serions-nous à même d'appliquer cette technique ancestrale? Et est-ce que cette dernière pourra être adaptée en telle circonstance? L'instant était critique, c'était une première. Les nerfs à vifs nous entreprîmes l'ascension contre toute attente avec une élégance et une grâce déconcertante. La colline railleuse se fît de plus en plus discrète. La technique opérait avec merveille, plus rien n'effrayait alors notre fulgurante ascension, pas même les dernières marches sournoisement verticales. La technique d'Ofélia avait permis a toute la fine équipe d'escalader cette première colline: les escaliers en dents de scie ainsi que le redoutable dénivelé n'ont pas eu raison de notre abnégation. Cette technique de sage ne possède pas encore de nom, mais soyez en sûr son apprentissage devrait s'étendre à l'ensemble du globe.

L'ascension en tire-fesses: une méthode infaillible

Et la vie elle-même m'a dit ce secret:
"Vois, dit-elle, je suis ce qui doit toujours se surmonter soi-même"
Nietzsche, ainsi parlait Zarathoustra, Du surpassement de soi
Technique efficace reposant sur l'arrière-train elle s'affirme dans toutes les ascensions. Abaissant de façon notable le centre de gravité de l'individu en mal d'altitude, elle vous permettra d'accomplir des miracles. Cette dernière voit son efficacité augmenter lorsque vous vous positionnez dos à la montagne, ne perdant pas d'un centimètre le fil du sentier vous pourrez ainsi profiter à souhait d'une vue unique sur le versant plongeant. Les personnes adoptant cette méthode sont facilement reconnaissables au sommet des collines. En effet, et suivant le terrain, leurs postérieurs restent tâchés. Des noms circulent encore pour nommer cette méthode: le célèbre pousse-pousse a été énoncé, sans omettre le traîne cul, le cul terreux, le train popotin ou encore d'autres arrières pensées. Mais depuis ce jour, la Ofélia attitude semble de circonstance.

Marcheuses aguerries devant la Pisquerra

Une fois au sommet, nous pouvions contempler le vaste panorama de la vallée. La saveur était d'autant plus prononcée que l'ascension fut difficile. Ainsi, notre contentement n'avait d'égale. Nous pouvions enfin admirer les merveilles d'érosion de Dame Nature. Étonnamment, le paysage arborait de façon indéniable des traits communs avec celui de la Death Valley. Véritable éloge tant la vallée américaine est remarquable, le point de notre ascension entre les buttes de la Pisquerra et du Rallon avait d'étranges similitudes avec celui de Zabriskie (Death Valley). L'érosion est une fois de plus spectaculaire et sculpte de façon imprévisible les sédiments de la terre. Seul point négatif, le sol ne possède par la richesse de celui du parc américain et peu de teintes contrastées sont à noter dans les strates de la terre.

"La vie, c'est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre"
Albert Einstein

"Faire route à pied par un beau temps, dans un beau pays, sans être pressé, et avoir pour terme de ma course un objet agréable: voilà de toutes les manières de vivre celle qui est le plus à mon goût"
Jean-Jacques Rousseau

Vue au loin del Rallon

Un petit air de Zabriskie de la Death Valley (Nevada)?
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Un petit air de Sedona de l'Arizona?
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Bardena Blanca desde el cabezo Rallon

Malgré les nombreuses magnificences que peut présenter ce site, le tourisme n'est que peu développé, ainsi vous ne trouverez que très peu de randonneurs. Pour le coup, les bardenas respirent la quiétude qu'il est parfois difficile de trouver dans les parcs américains. A défaut des quelques groupes de vélo de français qui piaillent dans la vallée, vous ne serez pas gêner par les touristes. Le français est criard et il est malheureusement partout.


Pasa del Ciervo, uno de los mas famosos recorridos de "un, dos, tres sol"

"Je donnerais bien milles livres pour pouvoir courir aussi vite que vous"
William Shakespeare

El barranco de los Cambrones
Cette première journée fut incontestablement très riche. Bénéficiant d'une belle journée, le ciel est cependant devenu menaçant en fin d'après-midi. Nous sommes donc rentrés avec hâte jusqu'à la voiture après une bien belle boucle. Quand vous apercevez la taille des ravins (los barrancos) creusés par le simple ruissellement de l'eau, vous ne souhaitez à aucun prix que ces derniers se remplissent et qu'une déferlante s'acharne sur vous! A priori à cette époque de l'année les bains de boue doivent être monnaie courante. Pourquoi n'y-a-t-il pas de magasins de poterie dans cette vallée?
Le lendemain fut plus calme en terme d'ascension, et la ballade avait le bon goût de nous montrer une autre facette de ce désert en la dite réserve naturelle Vedado de Eguaras. Ici, pas de monolithes sculptés, excepté les frasques del barranco, mais une nature méditerranéenne où il fait bon sentir les romarins, le thym et errer au milieu de pins ou de genièvres. "Dans les collines de l'Etoile, qu'il n'a jamais voulu quitter, il menait son troupeau de chèvres; le soir, il faisait des fromages dans des tamis de joncs tressés, puis sur le gravier des garrigues, il dormait, roulé dans son grand manteau: il fut le dernier chevrier de Virgile." Qu'elle est bien douce la garrigue de Pagnol, qu'il était agréable ce chemin en terre espagnole.

Promenade à proximité du château de Penaflor



Réserve naturelle Vedado de Eguaras

"Qu'importe l'issue du chemin quand seul compte le chemin parcouru"
David le Breton



Le soir même un barbecue nous tendait les bras et l'hôte du gîte (Ruben) s'était occupé de tout: "No te preocupa". Mais pourquoi diable Ofélia et Chacha sont-elles sorties sous un véritable déluge torrentiel? N'en avaient-elles pas assez de cette longue journée de marche? Promesse d'un temps pluvieux, avaient-elles été déçues de ne pas avoir utilisé leurs anoraks? Désappointées peut-être de ne pas avoir arpenté de nouveaux chemins délicats pour mettre à profit leur méthode infaillible de la veille? Ces deux protagonistes ont certainement les réponses à ces nombreuses interrogations, mais quoiqu'il en soit la journée s'acheva sur d'énièmes tapas à Tudela, la ville festive la plus proche. Las cuevas, las bardenas y las tapas, une trilogie très convaincante!

A la recherche des côtelettes d'agneau par fort temps de pluie

Tudela depuis la rive droite de l'Ebre


Reprends un à un les écrivains célèbres cités en légende des photographies de cette note afin de craquer ce code:
RépondreSupprimer1b2a 2d5i3g 4o5n6l3k3b5e1i2g3k!